samedi 10 mars 2012

Mon acte militant anti-pesticide

J’écoutais un de mes podcat préféré (le rendez vous Tech de Patrick Beja que l'on trouve sur NoWatch), il y a quelques semaines, où un des sujets débattus était d’appeler son députer afin de lui faire part des problèmes que l’on peut rencontrer, et ainsi lui expliquer un autre point de vue que celui fourni par les différents lobbies. Les invités autour de Patrick Beja ont discuté de l’intérêt d’alerter nos élus, et de la manière de s’y prendre. Cela m’a fait réfléchir pour moi, et même si effectivement l’action aura une portée limitée, voir peut être nulle immédiatement, peut être en recevant également des courriers sur le même sujet par d’autres personnes, les élus peuvent venir à faire changer les choses. C’est un peu utopique comme vision je le conçois, mais n’est ce pas les petites rivières qui font les grands fleuves ? Et puis si personne ne fait rien, c’est clair que rien ne changera.

Le sujet qui me préoccupe en ce début de saison apicole c’est « les pesticides ». La saison va commencer, et les premiers doutes s’installent vis-à-vis de la première miellée de la région, qui est le colza. Je sais malheureusement, qu’autour de chez moi, les semences de colza se sont faite avec du colza enrobé de Cruiser. Le Cruiser contient trois substances actives : le thiaméthoxam (un insecticide), le fludioxonil et le métalaxyl-M qui sont tous deux des fongicides. Le Cruiser a vu son AMM annulé par le Conseil d'Etat sur les années 2008, 2009. Voyant le vent tourner, le fabriquant du Cruiser, Syngeta, a alors changé un peu la formule de son produit, pour l’appeler Cruiser 350 et ainsi obtenu une autorisation de mise sur le marché, la fameuse AMM, pour les années 2010 et 2011. Le Conseil d'Etat doit d’ailleurs se prononcer aussi sur ces années.
Ce Cruiser  est utilisé sur les semences de Colza, et va donc se retrouver dans les fleurs butinées par les abeilles au risque de les empoisonner, d’avoir des fleurs moins pollinisées, des rendements peut être en baisse, mais des profits en hausse pour Syngeta. 
La question de la traçabilité se pose aussi, car si je voulais éviter aux abeilles de mes ruches d'entrer en contact avec le colza enrobé de Cruiser, je n'ai aucun moyen de le savoir, ni de reconnaître la plante issue de graine enrobée. 

Alors je me suis lancé. J’ai pris mon courage à deux mains, et j’ai rédigé une lettre que j’ai décidé d’envoyer aux différents élus autour de chez moi. Pour trouver leurs adresses ce n’est pas compliqué il suffit d’aller sur le site de l’Assemblée Nationale  et du Sénat. J'ai aussi envoyé une lettre au Conseil Général du Cher.

J’ai envoyé une lettre a :
  • ·         Monsieur Yves Fromion député du Cher
  • ·         Monsieur Rémy Pointereau sénateur du Cher
  • ·         Monsieur Gaétan Gorce sénateur de la Nièvre
  • ·         Monsieur Alain RAFAISTHIN Président du Conseil Général du Cher

Pour le moment seul Monsieur Yves Fromion député du Cher, m’a répondu.

Voici la lettre que j’ai envoyé, je la mets en copie. Pour ceux ou celles qui voudraient faire pareil, n’hésitez pas. Plus nous serons nombreux, plus les petites rivières seront grosses au final. Enfin cela n’aura échappé à personne ou alors faudra être complètement sourd, nous sommes en période électorale, ce qui est propice aux revendications et peut être à une écoute un peu plus active.


"Objet : Autorisation du Cruiser OSR sur Colza,
            Apiculture en danger.

  
Monsieur le XXXXX (député, sénateur, au choix),  

Par un communiqué du 16 juin 2011, le ministre de l’agriculture a annoncé qu’il avait autorisé la mise sur le marché d’un produit phytopharmaceutique le « Cruiser OSR » pour les grandes cultures de colza.

Cet insecticide systémique, utilisé en enrobage de semence et véhiculé par la sève jusqu'en dans les fleurs, est composé de 3 substances actives, le thiamethoxam (insecticide), le fludioxonil (augmente l’effet du thiamethoxam), et le métalaxyl-M (fongicides), d’une extrême toxicité pour les abeilles.
Lors de la floraison du colza en 2010, de très nombreux apiculteurs ont constaté des pertes d'abeilles anormales. Les ruches qui à cette époque auraient dû déborder d'abeilles, étaient vidées de leurs butineuses. 

Le Cruiser OSR, a été évalué par l’ANESES, déjà le 15 octobre 2010, mais la méthode a été déclarée illégale par le Conseil d’Etat le 16 février 2011. La Haute Juridiction a annulé les autorisations du Crusier qui avait été précédemment délivrées en 2008 et 2009. Par ailleurs, le rapport public, a d’ores et déjà demandé au Conseil d’Etat d’annuler l’autorisation du Cruiser délivrée en 2010. Mais pour l’instant le Ministre de l’agriculture, n’est pas revenu sur sa décision et les Colza enrobé de Crusier OSR a été semé.

Plusieurs Etats producteurs de miel, membres de la Communaué, ont déjà retiré du marché les produits à base de thiamethoxam, et ils ont constatés une augmentation de leur production de miel. Le thiamethoxam se trouve en France aussi sur d’autre culture comme le maïs, rendant le pollen mortel pour les abeilles et les autres pollinisateurs.

La décision du Ministre de l’agriculture est d’autant plus déplorable et inacceptable que le colza est une plante très visité par nos abeilles. Essentielle au printemps, car elle aide les colonies à se remettre de la période hibernale, cette culture représentait avec le tournesol, l’une des principale ressources de production française de miel, et de la mienne aussi, même si je ne suis qu’un simple apiculteur amateur. Lors de la floraison du colza en 2010 et 2011, de très nombreux apiculteurs ont constaté des pertes d'abeilles anormales. Les ruches qui à cette époque auraient dû déborder d'abeilles, étaient vidées de leurs butineuses. Lorsque les abeilles sont affaiblies dès les premiers butinages de printemps, c’est toute la saison qui est compromise, et la pollinisation qui nous ait si essentielle nous êtres humains.

Cette décision du Ministre de l’agriculture d’étendre l’usage d’un tel produit phytosanitaire est désastreuse pour le cheptel apicole, d’autant plus que personne ne sait où sont plantées ces graines enrobées, nous empêchant de nous en prémunir. Cela pose aussi le problème de la traçabilité. Cette décision est paradoxalement nuisible aux intérêts de la production agricole de notre pays qu’elle est censée servir. Selon une étude de l’INRA de 2005, l’abeille rapportait 153 milliards d’euros à l’économie agricole mondiale, au travers de son action de pollinisation des cultures et 14,5 milliards d’euros en Europe. Les insectes pollinisateurs sont responsables de la reproduction de 84% des espèces cultivés en européennes.

C’est pourquoi, en temps qu’apiculteur amateur, défenseur de la biodiversité pour le futur de nos enfants, citoyen français, je souhaite que vous demandiez au Ministre de ne plus autoriser l’usage du thiamethoxam, sur toute les cultures de France. Il en va de l’intérêt des abeilles, de tous les insectes pollinisateurs et du monde agricole.

Enfin pour notre société il faudra s’interroger sur les questions que soulève les premiers résultats d’un bilan effectué par l’Institut National de veille Sanitaire parus le 14 mars 2011 qui montrent que les Français sont davantage contaminés par les pesticides que leurs voisins européens. Pourquoi y a-t-il plus de trace de pesticide dans le sang des Français que celui du sang des autres pays de l’Europe ?

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma haute considération." 


3 commentaires:

Cédric a dit…

Bonjour Olivier, si tu as du colza proche de chez toi, il y de fortes chances pour qu'il s'agisse de graines Cruiser OSR.

A combien de KM se situe le premier champ ?
Si ta réponse est moins d’un kilomètre et qu’entre tes ruches et les champs de colza il n’y a pas une gosse densité de fleurs, alors soit très prudent.

Beaucoup d’apiculteurs son dans ton cas, moi y compris, avec mon collègue apiculteur nous allons particulièrement suivre les colonies pendant la floraison de cette merde.

Je pense que les colonies avec des reines de deux ans et plus seront plus vulnérables qu’une colonie avec une jeune reine.

Tiens nous au courant.

Cédric

Olivier a dit…

L'année derniere il y a eu beaucoup de colza dans mon secteur a moins d'un KM. Par contre cette année, avec le gel, le colza semé en hiver a pris un sacré coup avec le gel de février. Et j'ai l'impression d'en avoir moins sur mon secteur. Mais impossible de faire la différence entre les deux semis.

Olivier

Cédric a dit…

L’année dernière le semis utiliser était moins nocif pour nos petites, c'est année c'est un vrai poison.
Affaire à suivre.